HISTOIRE du 4eme Régiment d'Infanterie

GUERRE DE 1914-1918

 


BATAILLE DE NOYON 

Défense de Plessis-Pâte-d'Oie - Colezy (23-24 mars 1918). - Débarqué en pleine nuit à Grisoles, Busy, Genvry, il atteint dès l'aube Quesnoy - Maucourt. Les Allemands ont enfoncé le front anglais : le 5e C. A. reçoit une mission de sacrifice : “ barrer la route de Paris ”. 
Les ordres se précipitent. Le 1er bataillon est avant-garde. Départ vers midi. Le soleil est de plomb. Pas de cris, pas de chants. “ On y va! ” tout simplement. 
Les unités anglaises se replient. Les populations se sauvent apeurées. Déterminés, recueillis, les poilus traversent cette foule. Les mitrailleurs traînent à la bretelle leurs mitrailleuses et leurs voiturettes, car ni les chevaux ni les mulets n'ont pu suivre. 
Après trois heures d'une telle marche, le régiment prend position : 2e bataillon devant Flavy-le-Meldeux; le 1er bataillon au nord de Plessis-Pate-d'Oie ; 3e bataillon en réserve à Buchoire. 
L'ennemi a forcé toute la ceinture d'eau qui couvre la région. Ham est pris. Pas de renseignements plus précis. Sans perdre de temps, avec les outils portatifs, chacun commence à s'enterrer. 
Au cours de la nuit, le 46e R.I. relève le 2e bataillon, qui se porte en réserve à Berlancourt. Une nouvelle mission échoit au 3e bataillon : “ défendre Colezy et, l'éperon 82 ”. 
Quelques compagnies anglaises et leurs officiers se mettent à la disposition du régiment. Le brouillard qui empêchait, de voir à 2 mètres devant soi s'évapore peu à peu. Il est 10 heures. De tous côtés, les bataillons allemands se rassemblent. A 12 heures, ils débouchent en masse sur tout le front. 
Mal soutenues par notre artillerie, qui ne peut qu'exécuter des tirs clairsemés dans des zones non repérées, les compagnies, éparpillées, distendues, font des prodiges de ténacité et de courage. 
Deux fois devant le 1er bataillon (commandant BÉRAUD), l'ennemi, dont les pertes sont sévères, reflue en désordre sur ses bases de départ. Dans Colezy, à la suite de la cavalerie anglaise, les 10e, 11e et 6e compagnies culbutent les assaillants et capturent de nombreux prisonniers et 7 mitrailleuses. 
Mais les vagues allemandes, sans cesse renouvelées, ruissellent partout. Il faut se replier.
Le 3e bataillon (commandant CORNILLE) échappe à la tenaille qui se resserre et retraite sur Berlancourt, puis sur la cote 94,que le 2e bataillon (capitaine LOURDEL-HÉNAUT) a achevé d'organiser. 
Les Boches entrent dans Plessis-Pate-d'Oie. Ils sont sur la 1ère compagnie (capitaine BOLLORE). La 3e compagnie est encore sur la cote 83 ; la 2e compagnie tient quand même sur la route Ham-Paris. Elles se dégagent toutes de l'étreinte. 
La 6e compagnie, toujours à Colezy, manœuvre en carré autour du lieutenant JORDAN. Par une série de coups de boutoirs, elle brise la chaîne qui l'enserre et rejoint son bataillon. Plus tard encore, la section SAUNERON (3e compagnie) parvient à se frayer un chemin. 

Cote 94. - Le régiment, dont les pertes sont lourdes, se regroupe sur la contre-pente de la cote 94, avec des éléments anglais. 
Pendant ce temps, l'ennemi pousse puissamment sur Guiscard. Un large mouvement enveloppant se dessine. 
Il faut encore se dérober à l'encerclement. 
Oscillant entre les colonnes ennemies, dont on suit la marche convergente par leurs fusées, les bataillons gagnent la ferme Saint-Martin, où ils bivouaquent dans les prés mouillés, sans couverture, sans abri. 

Rimbercourt (25 mars). - L'héroïque résistance pendant la journée du 24 mars, la plus angoissante de toute la bataille, a permis au général PÉTAIN d'acheminer des renforts : “ Les camarades arrivent ! ” 
Une division du 1er corps d'armée doit dépasser la 9e D.I. et contre-attaquer. 
Le régiment prend position an sud de Saint-Martin. 7 heures. Le brouillard se dissipe. L'ennemi exécute un violent tir d'artillerie sur le Plateau et sur Rimbercourt. Un dépôt de munitions explose au milieu du 2e bataillon. 
A ce moment, les troupes allemandes foncent entre Quesnoy et la route et atteignent la crête. Assaillis avec violence, les Anglais et les éléments de droite refluent. Débordées des deux côtés, la 5e compagnie (lieutenant TAVERNIER) et la 7e compagnie (capitaine DIETHELM, lieutenant CESSELIN) sont obligées de se replier. Le 2e bataillon prolonge au sud de la ligne tenue par le 3e bataillon. 
Les Boches continuent leur mouvement débordant. Ils réussissent à s'infiltrer par le ravin nord de Rimbercourt et gagnent le village. 
Le 1er bataillon, pendant toute la journée, a disputé âprement le terrain. Par échelons, ceux qui ne sont point tombés se rallient autour du lieutenant-colonel TISSIER et du commandant CORNILLE, dans le chemin creux à l'est de Rimbercourt. 
L'étau se resserre. La cavalerie paraît à droite. Les lieutenants mitrailleurs DELAVERGNE et GENET font face au nouvel objectif, brûlent toutes leurs bandes et se dégagent au mousqueton, sauvant le matériel. 
Le feu de l'ennemi augmente de minute en minute. Les défenseurs brûlent leurs dernières cartouches. 
L'aspirant GOUNY (C.M. 1) tombe en héros à cheval sur sa pièce. Le lieutenant BERTHIER est blessé cruellement. Le lieutenant LUXARDO est tué en chargeant à la baïonnette. Tué aussi l'abbé RIGUET, l'aumônier de la division, qu'on a vu hier aidant les mitrailleurs de la C. M. 1 à porter leurs pièces. 
La 6e compagnie(lieutenant JORDAN)s'acharne à droite. La 9e compagnie (capitaine DUFOUR) tente de crever le barrage à gauche. 
L'ennemi brise tous leurs efforts. Poursuivis par la fusillade et les obus, par fractions où se mêlent Anglais et Français de tous régiments, ceux qui ont pu échapper au massacre se reportent sur la croupe de Bussy en liaison avec la 1ère division, où ils tiennent jusqu'au soir. 
Les jours suivants : 26-30mars1918 – Le 26, le régiment en réserve organise une position de repli, à Vile et à la cote 78. Alertes sur alertes ; impossible de dormir, pas de ravitaillement, un vent aigre et toujours des obus 
Les 27, 28 et 29, le régiment se regroupe dans la région Le Hamel – Dreslincourt. La Bataille va mourant. 
Les Allemands se brisent sur la montagne de Porquéricourt et sur le mont Renaud. La brèche ouverte sur le front se referme : le rempart français a barré la route de Paris. 
Le régiment, qui a perdu 28 officiers et près de 1.000 hommes est cité à l’ordre de l’armée. 

ORDRE GÉNÉRAL N° 409 DE LA Ie ARMÉE 
Le général commandant la Ie armée cite à l’ordre de l’armée 
Le 4e régiment d’infanterie 
Au cours de la journée du 24 mars 1918, le 4e R.I . sous les ordres du lieutenant-colonel TISSIER, a combattu sur un front de 4 kilomètres contre un ennemi très supérieur en nombre. A tenu contre toutes les attaques de l’adversaire, ses éléments encerclés parvenant la nuit à se frayer à la baïonnette le chemin du retour. 
Le 25 au matin, a continué à tenir fermement pour permettre l’arrivée des troupes fraîches, a exécuté une nouvelle contre-attaque sous les ordres de son colonel, qui s’était placé à la tête du bataillon de réserve. A été ensuite, malgré la fatigue, maintenu au combat sans fléchir jusqu’au 30 mars. 
Au Q.G., le 15 mai 1918 
Le général commandant le Ie Armée 
Signé HUMBERT 
Les capitaines BOLLORE, DIETHEL M, les lieutenants JUNKER et MOUNIER sont faits chevaliers de la Légion d’honneur. Le caporal clairon SAMKO, le caporal LEON et le mitrailleur FAIVRE reçoivent la médaille militaire. 

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