PLACE DES CORDELIERS  

L’histoire du couvent des Cordeliers ou Franciscains se lie intimement à celle de la ville d’Auxerre. Ces religieux, qui font vœu de pauvreté absolue et qui sont destinés à la prédication, furent établis d’abord par la comtesse Mathilde, dans un lieu connu sous le nom de Sainte-Nitasse, et situé à droite de la route d’Avallon, à 2 kilomètres d’Auxerre. La comtesse y possédait un manoir dont on voyait encore les vestiges dans les prés à la fin du XIXe siècle. Une charte de 1243, la première qui parle des Frères-Mineurs à Auxerre, rapporte que le lieu s’appelait la Fertez et Brahanay. On reconnut bientôt que les Frères étaient mal installés, et en 1252 la comtesse les transféra dans la cité. En leur donnant la nouvelle résidence qu’ils devaient occuper jusqu’à la fin, la comtesse exigea d’eux qu’ils fissent murer une porte qui existait, selon Lebeuf, probablement dans les murs de la cité, et ouvrait dans la rue d’Orbandelle.

Ces religieux, aimés des habitants d’Auxerre, leur donnèrent longtemps l’hospitalité dans leur couvent. Leur église servait aux assemblées populaires avant la construction de l’hôtel de ville. On donnait chez eux ces représentations des Mystères, faites de drames de la vie de Jésus-Christ ou des saints, dans lesquels les personnages se comptaient par centaines, et qui duraient non plus des heures, mais des semaines entières.

En 1425, au mois de juin, les Frères furent victimes de leur obligeance. Le couvent fut totalement incendié par l’imprudence des ouvriers qui préparaient, dans le cloître, les charpentes destinées à l’horloge que les habitants projetaient déjà de faire bâtir. L’église, la librairie, les dortoirs, le réfectoire, tout fut dévoré par le feu. Mais les habitants résolurent bientôt de réparer les pertes des bons frères, et, selon Bargedé, dès l’an 1438 le couvent était rebâti plus beau que jamais.

En 1555, le jour de la Saint-François, le roi Henri II visita le couvent et y reçut l’hospitalité. On peut supposer que le menu du dîner fut moins maigre qu’à l’ordinaire.

A la prise d’Auxerre par les Huguenots, l’église des Cordeliers leur servit de prêche. Elle fut alors fort endommagée ainsi que le reste du couvent. Le mur du chœur fut jeté à bas, ainsi qu’on le voit par un marché pour sa réfection après l’expulsion des Réformés (Archives de I’Yonne, E., minutes de divers notaires.) Mais les ruines ne furent entièrement réparées qu’au XVIIe siècle. En 1612, les habitants y contribuèrent pour 50 livres. Le couvent était alors dans une ère de prospérité qui ne fit que s’accroître, et qui était telle qu’en 1659 le maire et les échevins attestaient qu’il y avait dans la maison 28 prêtres et 14 frères novices, et « qu’ils avoient besoin de la charité qu’ils demandent. »

L’église des Cordeliers, qui subsista jusqu’en 1789, fut construite au XVe siècle. On arrivait au couvent de la rue des Cordeliers par un passage pratiqué dans le mur de la Cité et qui menait jusqu’au tiers de la place actuelle, où se trouvait le portail de l’église. Cet édifice était surmonté d’un clocher d’une grande hauteur. Du côté du sud-est, entre le vaisseau et les maisons, se continuait le passage public, large de 6 mètres. Une porte grillée le fermait du côté de la Place au Lait En face était une porte latérale de l’église, et à côté du chœur, le long de la rue Fourier, était une chapelle, et derrière le maître-autel une porte cochère. Le cloître était adossé à l’église et avait son entrée à gauche du portail, près du parloir.

L’église était sombre et triste. Elle portait dans oeuvre 27 toises 5 pieds de longueur sur 5 toises 6 pouces de largeur; et la voûte 7 toises 3 pieds de haut ( Procès-verbal d’expertise du 16 octobre 1794.) Il y avait au milieu du préau du cloître une pyramide qui avait été bénie en 1624 par l’évêque Séguier.

C’est dans cet édifice qui s’assemblèrent, pour la dernière fois, les trois ordres, le 23 mars 1789, pour l’élection des députés aux Etats-généraux.

Au XVIIIe siècle, les Cordeliers portaient le pauvre costume des enfants de Saint-François, la longue robe de laine brune, grossière, avec capuce, et en ville un manteau court de même couleur. Leur tête était nue et ils marchaient nu-pieds dans des sandales. Ils rappelaient ainsi le vêtement du pauvre peuple du moyen-âge.

La maison de M. Fournier, imprimeur, qui longeait le mur romain et qui avait sa façade sur la rue de l’Horloge, avait une ouverture sur le passage public des Cordeliers, appelé aussi la Cour. C’est par là que le jeune Rétif de la Bretonne, alors apprenti typographe, et, depuis, fameux romancier, se rendait au couvent des Pères, pour causer philosophie avec un Cordelier nommé Gaudet d’Arras. Cet étrange moine, sorte de démon tentateur, dont Rétif fait le plus curieux portrait, — selon son habitude de mettre en scène ses meilleurs amis et ses proches, — cet ami poussa le jeune homme déjà tout disposé, dans une voie romanesque et perverse, et développa en lui une verve diabolique qui lui fit composer tant d’ouvrages aussi bizarres par le fond que par la forme, mais qui, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, le rendirent plus célèbre qu’Alexandre Dumas.

Les Cordeliers fournirent à la Ligue du XVIe siècle un membre renommé par son énergie passionnée. Leur Père gardien ou supérieur, nommé Claude Trahy, dont les talents avaient été utilement employés par l’évêque Amyot, avait répandu l’esprit de la Ligue dans la ville. Il ne put pardonner au confesseur de Henri III ses relations avec ce prince. Après l’assassinat des Guise à Blois, et lorsque le vieil évêque rentra à Auxerre, il souleva la populace contre lui et le força à se renfermer dans son palais, tandis qu’il portait contre lui les accusations les plus noires. Le pauvre traducteur de Plutarque passa tristement les dernières années de sa vie, et dut regretter plus d’une fois le temps où il cultivait en paix ses auteurs grecs favoris.

Il existait autrefois dans l’église des Cordeliers une confrérie très nombreuse du tiers-ordre de Saint-François, et qui réunissait les principales familles bourgeoises de la ville. Le Nécrologe du couvent mentionne les noms de celles qui avaient choisi leur sépulture dans l’église depuis le XVe siècle. A cette époque ce sont les Vivien, les Gonthier, Jean Rapine, qui soumit la ville d’Auxerre à Louis XI, qui mourut en 1480 et fut enterré sous le grand autel. Au XVIe siècle on trouve les Leprince, les Delafaye, les Boucher, les Chrétien, les des Bordes, les Leclerc, Guillaume Coephy, maître de la Monnaie, les Collinet, dont l’un d’eux se tua en se jetant tout armé par dessus les murailles, la nuit de la prise d’Auxerre par les Huguenots. Au XVIIe siècle, ce sont les Le Muet, les Duvoigne, encore les Boucher et les Leclerc, les Baudesson, les Chevalier, les Girardin, les Martineau. Tous ces représentants de la noblesse et de la bourgeoisie auxerroise reposent sous le parking actuel.  

La ville n’avait pas autrefois de marché couvert pour la vente des légumes et des autres objets de consommation ordinaire. Les maraîchers et autres marchands étalaient alors leurs produits tout le long des rues de l’Horloge, de la Draperie, etc.

La suppression du couvent des Cordeliers, en 1790, fournit une excellente occasion pour établir ce marché. Le couvent des cordeliers s'étendait de la rue des cordeliers à celle des grands jardins (rue du 4 septembre). Les bâtiments en furent démolis en partie, et l'espace dégagé devint la place de la Concorde. On voulait y établir d’abord une halle aux grains. 

On éleva, en 1817, des tentes en ardoises sur des colonnes en bois, qui forment plusieurs lignes parallèles et en sens divers. "La disposition des tentes serait plus heureuse si le public y trouvait un abri sûr, mais il n’y reçoit que de l’eau en abondance dans les temps pluvieux." disait Maximilien Quantin dans son histoire anecdotique des rue d'auxerre (1869). 

Ces "tentes" cédèrent à leur tour la place , en 1876, à un marché couvert dont les structures en bois provenant du pavillon d'exposition de Lyon de 1874. Un petit marché métallique sera édifié en 1884 en avant du bâtiment principal, sur l'emplacement d'un pâté de maisons compris entre la rue ..................C'était le petit marché réservé aux marché du mercredi. 

Le marché de 1876 fit place, en 1905, à un édifice nouveau dont la municipalité entendait se servir à la fois de marché et comme salle des fêtes. Les architectes Fijalkowski et Cavé et l'ingénieur Dumez firent entrer dans cette construction les matériaux alors à la mode: le fer et la fonte, la brique de grès émaillé. Il fut inauguré, le 4 septembre 1904, par Emiles Combe, président du conseil. Le petit marché métallique de 1884 fut démonté. Il fut alors réinstallé dans le parc de l'arbre sec ou il devint un café-terrasse sous le nom de "Chalet des sports". On peut le voir encore de nos jours : c'est le bar de la piscine. 

Ce marché de type "Baltard" fut à son tour démoli en 1975 pour laissé la place à un vaste parking. 

Une des entrées de cet ancien marché couvert se faisait en face de la rue conduisant à l'hôtel-de-ville. La rue étroite qui réliait cette entrée à la rue de Paris avait reçu lors de la révolution le nom de rue Marceau, en l'honneur du jeune républicain mort à Alterkirchen en 1796. 

 

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