ÉGLISE SAINT-PIERRE

Nous avons donné plus haut les dates diverses de la construction de l’église Saint-Pierre. Il faut ajouter quelques mots sur sa physionomie.

Le portail principal a un aspect qui n’est pas dépourvu de caractère, quoiqu’il ait un peu l’air théâtral. La combinaison de trois ordres classiques superposés, l’ionique à la base, le corinthien au milieu et le composite au sommet en forme toute l’ordonnance. La masse en est décorée à chaque étage de deux colonnes qui soutiennent de chaque côté l’entablement supérieur; entre les colonnes des niches, au centre la grande, porte puis deux larges fenêtres à meneaux, et un fronton à oeil-de-boeuf pour couronnement. Les côtés du portail sont percés de deux petites portes et ornés d’un triple pilastre recevant le rampant du toit des bas côtés. Au-dessus de la porte est une fenêtre en oeil-de-boeuf. Deux contreforts arc-boutés se détachent sur la masse du portail et forment comme le support de la partie supérieure. L’exécution des sculptures de ce monument est lourde et médiocre, et les motifs en sont dans le goût du XVIIe siècle.

Sur le côté sud du chœur s’élève la tour carrée bâtie par les paroissiens. Ce monument, presque isolé de l’église, est une copie de la tour de la cathédrale. C’est du style gothique flamboyant à son apogée. Elle est de trois étages séparés par des balustrades à jour. Sur celui du milieu sont les statues des douze apôtres couronnées de hauts dais à jour. Sur les côtés des abats-sons existent aussi des statues d’une exécution rude et sans grâce. Cependant l’ensemble de la tour produit un bel effet; son élévation à 51 mètres la fait distinguer au loin et annonce un de ces monuments comme nos pères savaient en élever. — Les statues du Christ et de la Vierge s’y remarquent du côté sud. Cette dernière reçut, lors de la prise d’Auxerre en 1567 par les Huguenots, un coup d’arquebuse dans l’œil gauche dont la trace se voyait encore au siècle dernier. L’histoire rapporte que le sacrilège tomba mort sur le coup.

L’intérieur du vaisseau forme une longue basilique à trois nefs, dont les travées sont à plein cintre et reposant sur des colonnes et des piliers composites. L’édifice a une certaine apparence de solidité, mais la nudité du haut mur qui occupe tout l’espace compris entre les arcs des travées et les fenêtres de la grande nef lui donne un air disgracieux. On re­marque dans ces fenêtres, du côté du nord, des vitraux du XVIIe siècle assez beaux et représentant des saints.

Pendant la Révolution, cette église servit d’atelier de salpêtre et fut très endommagée. Depuis une trentaine d’années, elle a repris un air de richesse et de bon goût. M. Larfeuil, son curé, n’a rien négligé pour la tirer de sa ruine. Aussi, de tous côtés, les embellissements se font remarquer. Une très vaste chaire gothique, un Chemin de croix, des chapelles décorées de tableaux, de belles orgues, etc., tout enfin montre un grand zèle pour l’embellissement de la pauvre église. Il est fâcheux que ces bonnes intentions n’aient pas toujours rencontré des artistes dignes de les comprendre et de les réaliser.

Nous ajouterons ici, pour terminer l’histoire de l’église Saint-Pierre, que les paroissiens se montrèrent, pendant la Révolution, dignes de leurs pères du XVIe siècle et bons chrétiens. Leur église fut alors dépouillée de tous ses ornements et le pavé même en fut vendu. Un atelier de nitrerie artificielle pour la fabrication du salpêtre y fut établi en l’an II, et fut elle ensuite vendue en l’an IV (1796) à un sieur Rimbaut, pour être démolie.

Cependant les habitants s’émurent, et se rappelant que leurs ancêtres avaient bâti l’église de leurs deniers, et qu’en mourant ils n’oubliaient jamais la fabrique ou l’œuvre de leur église (Obituaire de Saint-Pierre d’Auxerre, Man. du XVe siècle, Coll. de Bastard, Bibliothèque d’Auxerre), ils protestèrent contre cette vente, alléguant que l’église était au nombre des édifices conservés pour l’usage du culte par la loi du 15 mars 1791, et qu’ils en étaient en possession au premier jour de l’an II pour l’exercice du culte catholique; et ils demandèrent, au nom de la loi de l’an III sur la liberté des cultes, qu’elle leur fût confirmée. L’administration fut bien embarrassée. Les pétitionnaires étaient au nombre de plus de 150, parmi lesquels sont des noms bien connus dans la paroisse : les Messigny, les Marcilly, les Roux, les Carré, etc.; après quelques hésitations, l’administration finit, quoique avec mauvaise grâce, par leur abandonner la vieille église.

En l’an X, le curé Payart, qui avait repris ses fonctions d’avant la Révolution, obtint du préfet les stalles de l’église Notre-Dame-la-d’Hors que les Théophilanhtropes avaient transportées dans la nef de Saint-Eusèbe, et que la suppression de leur culte rendait disponibles.

Il existait autrefois, sur la place qui est en avant de l’église, où était le cimetière, et qu’on appelait «la place du carre ou du carrefour Saint-Père, » un obélisque du style de la Renaissance, d’une grande délicatesse, surmonté d’un globe à croix, assis sur un socle supporté par quatre lions. Sur les faces étaient sculptés les instruments de la Passion. On l’a détruit en 93.

Après avoir descendu le passage qui longe l’église Saint-Père au nord, on trouve les restes des bâtiments de l’ancien monastère qui s’appuyaient autrefois sur le côté nord du chœur de l’église. L’extérieur n’a plus rien d’ancien, mais on remarque encore l’intérieur d’une longue salle dans le goût du XIIIe siècle avec une voûte à nervures croisées et retombant sur des colonnes munies de crosses. Les ouvertures qui donnent sur le levant sont à plein cintre et chanfreinées. C’était la salle capitulaire des religieux. Suivant un plan du milieu du XVIIe siècle, tous les bâtiments du monastère étaient placés au nord de l’église. On y entrait par une porte qui se voit encore à gauche du portail de l’église, puis on traversait une vaste cour avant d’y arriver. Le cloître carré longeait tout le côté nord du chœur et du sanctuaire. Les jardins, le verger et une vigne bordés par les maisons de la rue Saint-Pélerin, et formant ce qu’on appelait, au XVIe siècle, le Clos de Saint-Pierre, sont partagés aujourd’hui entre divers particuliers et le couvent des dames Augustines. Il existait un passage pour aller de l’abbaye, à travers le jardin, à l’église Saint-Pélerin. Il en reste encore la place.

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